L’année 2026 marque un moment historique pour le monde pastoral. Proclamée Année Internationale des Parcours et des Pasteurs (IYRP) par les Nations Unies, elle consacre une reconnaissance grandissante du rôle des femmes dans les systèmes pastoraux. C’est dans ce contexte que Adama Lam Ka, femme leader représentant les Organisations Communautaires de Base (OCB) du Ferlo et partenaire du CERFLA, a pris part au premier Rassemblement Mondial des Femmes Éleveuses (MERA+16), qui s’est tenu du 26 au 29 mai 2026 à Katmandou, au Népal.

Un rendez-vous mondial sans précédent

Seize ans après la déclaration fondatrice de Mera (Inde, 2010), près de 100 femmes pasteures venues d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine et d’autres régions pastorales du monde se sont réunies à Katmandou autour d’un objectif commun : faire entendre la voix des femmes dans les grandes décisions qui concernent l’avenir du pastoralisme, du niveau local jusqu’aux instances internationales.

Pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, cette participation est l’aboutissement de plusieurs mois de préparation et de construction collective. Une délégation régionale de douze femmes, sélectionnées à l’issue d’un processus rigoureux, a porté à Katmandou une parole construite collectivement, avec l’appui du Réseau Billital Maroobé (RBM) et des organisations pastorales sœurs (APESS, ROPPA, AFAO, WiLDAF-AO).

La fierté du Ferlo, le partenariat avec le CERFLA

La présence d’Adama Lam Ka au sein de cette dynamique mondiale est une fierté pour les communautés pastorales du Ferlo. Pilier de la vie associative locale, elle incarne ce leadership féminin pastoral qui émerge au Sahel : des femmes qui gèrent les troupeaux, transforment le lait, soutiennent l’économie familiale et territoriale, transmettent les savoirs pastoraux et construisent l’avenir de leurs enfants.

Son engagement aux côtés du CERFLA, dont elle est une partenaire active, et des OCB du Ferlo lui a permis de porter à Katmandou les réalités concrètes des femmes pasteures sénégalaises : la pression sur la mobilité pastorale, l’accès au foncier et aux ressources naturelles, la fragilisation des revenus de l’élevage, mais aussi la force, la créativité et la résilience des femmes face à ces défis. Ce partenariat illustre la manière dont le CERFLA accompagne et amplifie le leadership des femmes du Ferlo, de la base jusqu’aux scènes internationales.

Le Manifeste des Femmes Pasteures : « Rien pour le monde pastoral sans les femmes »

La délégation africaine a porté à Katmandou le Manifeste des Universités des Femmes en milieu pastoral et agropastoral, adopté en janvier 2026 à Tsévié (Togo). Ce document, nourri par les récits de centaines de femmes pasteures, affirme une vision fondée sur leur engagement, autour de principes forts :

  • Rien pour le monde pastoral sans les femmes : tout ce qui concerne le pastoralisme doit être pensé, conçu, mis en œuvre et évalué avec les femmes, en partant de leur parole, de leur vécu et de leurs priorités ;
  • Des actrices, pas des figurantes : les femmes doivent participer pleinement aux processus de décision, y compris les plus sensibles (foncier, ressources naturelles, résolution des conflits) ;
  • Lutter contre toutes les formes de violences faites aux femmes et aux jeunes filles, et assurer le respect effectif de leurs droits fondamentaux ;
  • Reconnaître et renforcer le pouvoir économique des femmes, déjà profondément ancré dans les systèmes pastoraux, notamment à travers l’élevage, le lait et la production familiale ;
  • Investir dans les jeunes filles, « les femmes de demain », avec un accompagnement adapté à leurs besoins spécifiques ;
  • Créer des mécanismes de confiance et des financements équitables, conçus avec les femmes plutôt qu’imposés.

Le manifeste dresse aussi un bilan sans complaisance de la décennie écoulée : plus de la moitié des attentes formulées en 2010 ont régressé, du fait du manque d’application des politiques, de l’insécurité, et du trop faible niveau d’implication des femmes dans la chaîne de décision. D’où ce mot d’ordre : « Pas assez de résultats, trop de mots, pas assez d’action. »

Et après Katmandou ?

Le rassemblement de Katmandou n’est pas une fin, mais une étape. Les participantes se sont engagées à transmettre les connaissances et les acquis de cette rencontre à leurs communautés d’origine. Pour le Ferlo, le retour d’Adama Lam Ka ouvre une nouvelle phase : partager l’expérience avec les OCB, renforcer le plaidoyer local et national, et veiller, en lien avec le CERFLA et ses partenaires, à ce que les engagements pris se traduisent en actions concrètes pour les femmes pasteures.

Comme l’affirment les signataires du manifeste, les femmes s’engagent à « devenir auteures de leurs vies et contributrices de l’avenir que leurs enfants choisiront », et à être « veilleuses » de la redevabilité des acteurs institutionnels.

Le CERFLA félicite Adama Lam Ka pour cette participation remarquable et réaffirme son engagement aux côtés des femmes et des communautés pastorales du Ferlo.